• on 18 août 2014

La Béatitude des Miséricordieux

 

« Bienheureux les miséricordieux,
parce qu’ils obtiendront miséricorde. »

(Matth, V, 7)

I. – En quel sens la miséricorde est dite l’effet propre du don de conseil ?

La miséricorde est, d’après saint Augustin et saint Thomas, l’effet propre du don de Conseil, Sans doute le don de Conseil a un plus vaste domaine que celui de la miséricorde. Nous pouvons recevoir du Saint-Esprit des conseils pour tout, témoin la variété que nous trouvons dans l’Évangile. Le Conseil est un don directeur, et il dirige toutes les vertus morales, l’humilité, la chasteté, la justice, la piété, la religion… Les conseils du Saint-Esprit s’étendent à tous les ordres de choses. Pourquoi rattacher particulièrement la miséricorde à ce don ?

Dans toute vertu, comme dans toute œuvre en général, il y a un point où se manifeste toute l’excellence de cette vertu, où elle atteint son maximum. Saint Thomas dit que la force ne donne son plein que dans le martyre; il en conclut que le martyre est l’acte propre de la force, quoiqu’il y ait pourtant un acte de force à résister à une douleur moindre. De même la miséricorde est l’effet propre du don de Conseil, parce que c’est là qu’il donne son plein.

II. – En quoi consiste la miséricorde ?

Voyons-le d’abord par contraste. La miséricorde n’est pas la simple charité fraternelle, laquelle étend à tous son effet : la bienfaisance. La charité est universelle, elle fait le bien sans acception de personnes; on peut faire du bien à son supérieur ou à un riche, qui ne sont pas pour autant des « misérables ». Nous distinguons donc déjà la miséricorde d’avec la charité.

La miséricorde n’est point l’aumône. L’aumône est un acte de la miséricorde: une âme miséricordieuse met son activité à faire l’aumône. Nous savons qu’il y a sept espèces de miséricorde corporelle et sept espèces de miséricorde spirituelle. Mais les aumônes corporelles, qui ont pour but le corps, vont très facilement plus loin, jusqu’à l’âme, qui est spirituelle.

La miséricorde n’est pas non plus la simple bonté qui est quelque chose de plus général.

La miséricorde est un sentiment de pitié qui nous est inspiré par la charité, et qui nous incline vers le misérable, vers celui qui manque de tout, soit au point de vue temporel soit au point de vue spirituel. Il n’y a pas de miséricorde sans misérables. C’est le misérable qui éveille le sentiment de miséricorde, lequel doit être régularisé par la prudence, et adopté par la charité, pour que l’amour de Dieu en soit le moteur.

La miséricorde est une nuance excellente de la charité fraternelle; c’est en elle que l’amour de nos frères donne son plein; pour être miséricordieux il faut aimer davantage son prochain que pour être simplement bon et charitable.

La miséricorde vise toute espèce de misères, physiques, morales ou intellectuelles; elle s’applique à remédier à cette misère, à combler le vide creusé par cette misère. Pour remédier à une grande misère, il faut être riche, puissant, supérieur. Un acte de bienveillance pour une personne agréable est une charité, mais qui n’est pas difficile. Quand on se trouve en face d’un abîme et qu’on entreprend de le combler, quand on veut aller au secours d’une âme pour la tirer de la misère, c’est un acte de charité spécial et excellent, qui suppose que l’on possède en abondance des trésors de bonté, et, dans son activité, de quoi secourir de grands maux.

Pour cette raison, au dire même de saint Thomas, la miséricorde est l’acte le plus propre, le plus spécial de Dieu. En effet, Dieu est l’Etre supérieur par excellence, rien ne lui manque. Quand il regarde vers la pauvre créature, il est incliné à lui venir en aide, parce qu’il est riche, bon: la misère attire le don de la divine surabondance. Tout est misérable pour Dieu, même les anges, si cependant on excepte les anges béatifiés et les saints bienheureux, parce qu’ils sont maintenant comblés, tout a besoin de Dieu. Il faut qu’à toute chose Dieu communique l’être et qu’il subvienne aux besoins de tout ce qui existe. Il convient à Celui qui a créé ce pauvre monde de se pencher vers lui dans un sentiment d’amour, qui est de pure miséricorde. Toutes nos bontés n’atteignent pas la noblesse de cet Amour qui, n’ayant besoin de rien, s’incline vers celui qui a besoin de tout, pour lui donner tout.

Nous voyons ainsi que la miséricorde diffère de la douceur. La douceur nous fait contenir en nous ce que nous pouvons avoir de fâcheux, de mauvais, de méchant, d’irritable, afin qu’il ne sorte de nous que des actions suaves et bonnes pour le prochain quel qu’il soit. Elle nous inspire d’abord de nous corriger nous mêmes, de polir nos mœurs et d’apaiser nos passions pour ensuite aller aux autres avec suavité et gagner leurs cœurs. Elle est de règle vis-à-vis de tout le monde. La miséricorde, au contraire, est une charité qui se propose de venir en aide aux seuls misérables, et de même que la douceur ne suppose pas toujours la misère qui est indispensable à la miséricorde, la miséricorde à son tour n’exige pas toujours la « correction* » intérieure, dont ne peut se passer la douceur.

* Le mot « correction » est pris ici dans un sens spécial et désigne cet état que nous inspire la douceur en « corrigeant » nos aspérités.

III. – Rattachement de la miséricorde au don de conseil

Comment le Saint-Esprit, en nous envoyant son Conseil, nous rend-il miséricordieux ? Pourquoi la miséricorde est-elle l’effet propre du don de Conseil ? Il est maintenant facile de le comprendre.

Le don de Conseil et la Vérité de notre misère.

Le don de Conseil, perfectionnant la prudence qui est la faculté de notre gouvernement personnel, doit avoir la qualité première de la prudence, qui est de nous faire voir les choses comme elles sont, de nous faire voir juste, mais à fond. L’homme prudent voit juste, aussi l’appelle-t-on un homme judicieux. Il voit le juste milieu, le juste parti à prendre. Il voit juste en soi : sa nature, son caractère, ses passions, pour les contenir; ses qualités, pour s’en servir. Il voit juste dans les autres, dans tous ceux qui ont
avec lui quelque rapport.**

** Remarquons que voir juste n’est pas la seule qualité de la prudence, il faut encore la force de volonté qui exécute : le prudent doit gouverner, mettre en branle.

Le don de Conseil doit donc avoir pour résultante de faire voir juste en nous et dans les autres.

Qu’est-ce que voir juste ?

Voir juste, c’est avant tout reconnaître la misère universelle. La grande vérité, c’est que nous sommes une collection de misérables, sans nous excepter nous-mêmes. Nous n’avons rien de vraiment bon, de vraiment fort; notre nature est limitée, et, sans la miséricorde du bon Dieu, nous ne ferions que des choses extrêmement médiocres. Cette nature par ailleurs est tombée; Dieu l’avait faite puissante, droite par sa justice originelle. L’homme qui possédait en lui l’avenir de l’humanité, malgré les dons reçus, a péché, il s’est séparé de Dieu. Notre-Seigneur, il est vrai, a, par son sacrifice, réparé la faute, mais beaucoup encore n’adhèrent pas à lui et restent dans leur misère; et chez les chrétiens eux-mêmes il reste la pente mauvaise, conséquente aux blessures qui viennent du péché. Jésus-Christ, en nous réconciliant, nous a rendus capables, à nouveau, de vivre de la vie divine; mais si la faute est réparée dans la partie supérieure de notre âme, si, munie de la grâce et de la charité, l’âme peut se frayer un chemin vers la béatitude, il reste néanmoins un foyer d’incendie; les passions sont contenues, mais encore vivantes, leurs ardeurs nous enflamment pour des choses mauvaises: l’orgueil de l’esprit, la concupiscence de la chair, la colère… Quatre blessures nous sont laissées, afin que nous ayons plus de mérites pour gagner le ciel.

Ceux qui n’ont pas été régénérés par le baptême sont dans un état plus misérable encore, et les chrétiens, qui n’ont pas gardé la grâce, ont quelque chose de cet état d’épouvantable misère.

Quant à ceux qui font tout leur possible pour se maintenir dans la charité, ils ont aussi leur triste lot.

Nous le disons donc, et c’est vrai : l’humanité est une collection de misérables, nous en tête. Dieu le voit, et il déverse sa bonté sur tous, nous dit Notre-Seigneur : « Il fait pleuvoir sur les bons et sur les méchants, luire son soleil sur les justes et sur les injustes » (Matth., V, 45.), tant au spirituel qu’au temporel. Il voit la misère de tous, et c’est pourquoi ses bienfaits sont si surabondants; sans cela le monde ne tiendrait pas en équilibre. La sagesse, la prudence de Dieu éclate en sa miséricorde.

Le Dieu de l’Évangile, la Sagesse incarnée, est une vivante apparition de la miséricorde divine; cette qualité éclate dans la personne de Notre-Seigneur. Nous avons là une preuve de sa divinité; c’est un argument puissant d’apologétique : si Notre-Seigneur n’était pas Dieu, qui aurait pu suggérer aux évangélistes, qui avaient à dépeindre un Dieu incarné, de le faire miséricordieux, de tomber si « à pic », en lui donnant précisément cet attribut foncier de Dieu ? Mais c’est précisément parce qu’il était Dieu, que Notre-Seigneur a mis en œuvre tout naturellement cette miséricorde divine : étant Dieu, il était miséricordieux à l’infini, au plus haut degré. C’est en quoi apparaît sa merveilleuse sagesse, sa prudence.

Le trait le plus touchant que l’Évangile nous donne de la miséricorde de Dieu en Notre-Seigneur est peut-être celui de la femme adultère (Jean, VIII, 3-11). Des pharisiens ayant surpris cette femme l’amènent devant le Maître, et lui disent que la loi de Moïse ordonne sa lapidation; ils lui demandent ce qu’il en pense. « Que celui d’entre vous qui est sans péché lui jette la première pierre », dit le Sauveur à ces hypocrites, qui bientôt s’éloignent l’un après l’autre. Puis, se trouvant seul avec la malheureuse : « Personne ne t’a condamnée », lui dit-il, «ni moi non plus. Va en paix et surtout ne pèche plus.»

Nous avons ici en scène la courte vue de l’homme et la lucidité de Notre-Seigneur qui est Dieu : ces hommes sont impitoyables, ils sont heureux d’avoir surpris cette femme, ils veulent lui appliquer la loi. Ils ne voient pas que, dans le fond, ils sont plus misérables qu’elle; sa faute est grave, mais elle est moindre que la leur. Eux ont l’orgueil de l’esprit, l’hypocrisie en matière religieuse, un manque absolu de charité; blancs à l’extérieur « comme des sépulcres », ils observent le dehors de la loi, « ils filtrent les moucherons » et se croient purs. Se doutent-ils, ces sépulcres, qu’ils sont remplis de pourriture ? La passion a obscurci leur vue ! L’homme ne sait pas ce qu’est l’homme. Insensés !

Notre-Seigneur, lui, savait « ce qu’il y a dans l’homme » (Jean, II, 25.) : Il y voyait une misère profonde, physique et morale, l’impuissance pour vouloir le bien, la capacité pour vouloir le mal. En face de cet océan de pauvreté et de misère, qu’est-ce que cette femme ? Un cas particulier de la loi universelle. Sa faute est grave, mais Jésus n’en est pas surpris, il y en a d’autres plus grandes dans ces pharisiens qui veulent la lapider. Il voit plus loin, il voit le fond de misère qui se cache en tout cœur humain, en toute volonté humaine, en toute vie humaine. Il le voit clairement, sans que rien lui soit caché, et, dans sa nature humaine, il est pleinement assisté par l’Esprit de Conseil. Alors il se désintéresse de cette dure justice humaine : il le montre en écrivant par terre. Quoi ? Nous ne savons. Il n’a écrit qu’une fois, et c’était sur le sable, Les accusateurs se rendent compte de leur position ridicule, et, voyant sans doute les fautes qu’ils se cachaient à eux-mêmes, se retirent. Et alors, c’est la parole de miséricorde : toute la miséricorde de Notre-Seigneur, son amour des pécheurs est dans cette parole.

Il allait de préférence aux pécheurs. Il logeait chez un Zachée, un publicain, d’une race de pécheurs. Aussi lui reprochait-on de vivre dans la compagnie des femmes de mauvaise vie. Pour un Dieu, se faire une réputation comme celle-là ! Quelle extraordinaire miséricorde ! On en est ravi. Mais c’est qu’un Dieu voit clair !

Le miséricordieux voit juste; par conséquent, il est prudent à fond. Il a tous les éléments de ses jugements, il peut dire la vérité, indiquer la conduite à suivre : personne ne voit plus à fond que lui. La miséricorde sera donc, parmi tous les actes
qu’inspire le don de Conseil, le joyau, la perle précieuse.

Si nous voulons voir clair, être prudents, soyons miséricordieux. Nous verrons ainsi d’une façon vraie l’homme que nous sommes, nous connaîtrons aussi les hommes qui nous entourent. La miséricorde nous faisant pénétrer l’universelle misère, nous saisirons mieux l’étincelle de bien que Dieu y a laissée, et qu’il nous faut reconnaître, même dans ceux qui sont mauvais, méchants, tarés.

Les serviteurs demandant au Maître du champ s’il fallait arracher l’ivraie semée par l’ennemi : « Non, dit-il, laissez croître le blé et l’ivraie jusqu’à la moisson; après on les séparera. » (Cf. Matth., XIII, 24-30.) Notre-Seigneur a pitié à cause de cette étincelle de bien qu’il découvre dans les volontés les plus perverses. Sur la croix, devant cette foule qui a crucifié son Roi, devant les cruels pharisiens : « Mon Père, dit-il, pardonnez-leur, ils ne savent ce qu’ils font. » (Luc, XXIII, 34.) Dans tout mal, il y a toujours un fond de bien sur quoi s’appuyer; dans toute âme, un secret ressort, pour s’élever jusqu’à la vie éternelle.

Essayons de voir comme le Christ. Demandons au Saint-Esprit de nous faire pénétrer la misère universelle et la nôtre. Alors nous ne serons plus secoués par l’indignation pharisaïque qui se glisse dans les âmes à courte vue qui n’ont pas reçu le don de Conseil. Ce ne sera plus le mépris pour les autres, ces manières dédaigneuses, cruelles, avec lesquelles on traite parfois les pauvres gens misérables, sans voir le mal dont ils souffrent, et qui est cause de leur répugnante laideur. Si même on nous dit des injures, si on nous veut du mal, nous comprendrons que cela vient d’une plaie cachée dont on souffre, et qu’il faut avoir pitié de ces malheureux.

Le Saint-Esprit nous ayant donné cette vue juste, laissons-nous diriger par elle dans nos œuvres de miséricorde.

Prudence et miséricorde

Le don de Conseil parachève divinement, avons-nous vu, l’œuvre de la prudence. Or que nous conseille la prudence ? Sans nul doute de prendre le meilleur moyen pour nous sauver. Le don de Conseil doit mettre en pleine évidence, d’une façon toute divine, ce meilleur moyen, qui est précisément la miséricorde.

Il n’y a pas de précepte plus inculqué dans l’Évangile que celui-là. « Dans la mesure où vous aurez mesuré les autres, on vous mesurera. » – « Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés. Vous serez jugés par le même jugement avec lequel vous aurez jugé les autres » (Matth., VII, 2.)

Nous sommes ainsi avertis que la miséricorde est le seul moyen d’obtenir miséricorde. La prudence suprême, c’est d’être miséricordieux ! On voit donc le lien très étroit de la miséricorde et du don de Conseil qui parachève la prudence.

Dans une scène évangélique, Notre-Seigneur nous montre quelle sera la conduite de son Père envers ceux qui ne font pas miséricorde : Un roi demanda compte de ses deniers à son serviteur. Celui-ci n’a pas de quoi payer, et le maître ordonne d’abord qu’il soit vendu. Le malheureux supplie, et le maître lui remet toute sa dette. (C’est l’image des misérables que nous étions devant Dieu avec le péché originel et nos propres péchés, et il nous a tout remis.) Et voilà que ce serviteur libéré trouve son confrère, qui était aussi son débiteur, et il lui saute à la gorge. A son tour ce compagnon supplie, mais l’exacteur ne veut rien entendre et livre son débiteur à la justice. Ce que voyant, les témoins le rapportent au maître qui prononce un sévère jugement : Je t’ai remis ta dette, tu aurais dû faire de même à ton frère. Et il le punit comme il le mérite. « Ainsi, ajoute Notre-Seigneur, en sera-t-il fait de vous, si vous ne remettez pas vos injures du fond du cœur. » (Matth., XVIII, 23-35.)

C’est la loi. Il nous sera fait miséricorde, si nous avons fait miséricorde. Il s’ensuit que les gens bien avisés, les âmes prudentes, doivent faire miséricorde et prendre à la lettre la demande du Pater: «Pardonnez-nous nos offenses, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés.» Au fur et à mesure que les injures et les misères se présenteront, les prudents feront des provisions de miséricorde pour obtenir eux-mêmes le pardon du Père. C’est un motif d’intérêt, mais Notre-Seigneur a jugé à propos de nous le suggérer, pour nous rendre plus vigilants.

La prudence nous conseille la miséricorde, et la pratique de la miséricorde nous rendra plus prudents encore. Nous recevrons, par le secours de l’Esprit-Saint, pour nous gouverner nous-mêmes, le choc en retour des miséricordes que nous aurons faites. Si nous faisons miséricorde, Dieu nous donnera une grâce de conseil plus approfondie. Alors nous serons plus encore portés à la miséricorde. Ainsi, de miséricorde en prudence, et de prudence en miséricorde, ce sera un cercle sans fin qui aboutira à une grande puissance de gouvernement de nous-mêmes et à des mérites sans nombre.

Miséricorde et salut des âmes

Nous devons, pour être sauvés, non seulement obtenir miséricorde, mais encore « chercher le royaume de Dieu et sa justice », étendre ce royaume, faire régner dans les cœurs la charité du Christ. Le don de Conseil doit nous enseigner le meilleur moyen d’y réussir, et c’est encore par excellence la miséricorde. Nouveau lien entre le don de Conseil et cette vertu.

Les grands politiques croient que le moyen de régner est de savoir, à temps, user de la force. Pour nous, notre grand ressort est de pénétrer cette misère universelle qui se cache et d’essayer, par des bienfaits sans nombre, de combler cet abîme. Ceux qui sont miséricordieux arrivent, même dans les choses surnaturelles, à des résultats que n’atteint pas la violence. Avoir des paroles compatissantes, être bon, encore bon, toujours bon, est le moyen de régner sur les cœurs. C’est la plus profonde politique. S’il faut exclure la violence, on ne doit pas pour autant encore négliger l’autorité : la correction fraternelle est comprise parmi les œuvres de miséricorde. Mais ordinairement, c’est par la douceur, les bons procédés d’une âme compatissante, ouverte aux misères d’autrui que nous aurons l’accès des cœurs. Saint Thomas dit : « Le don de Conseil dirige très spécialement dans les œuvres de miséricorde. » (II II, q. LII, a. 4, ad 1m.). Il do
nne la compassion qui ouvre le cœur, et, quand le cœur est gagné, tout le reste vient. Par la miséricorde, l’apôtre du Sauveur amène les pécheurs jusqu’au confessionnal, jusqu’à la communion, jusqu’à la vie chrétienne sérieuse, jusqu’à la dignité souveraine de la vie religieuse dans toute sa plénitude. Ayons l’abord sympathique, ne regardant pas les fautes, quoique les voyant; remédions d’abord aux misères corporelles, pour entrer ensuite dans les douleurs intimes; soyons compatissants: nous régnerons sur les cœurs, nous ressusciterons les âmes, Et sauvant ainsi les âmes nous serons sûrement sauvés: Dieu nous jugera bons et fidèles serviteurs.

Être miséricordieux, c’est donc être sage et prudent à fond. Quoi d’étonnant si le don de Conseil nous porte de préférence à la miséricorde ?

* * *

Le Conseil du Saint-Esprit connaît le moyen de gouverner les âmes. Au premier rang, nous devons être les fils du Saint-Esprit, demeurer sous l’influence du don de Conseil. Soyons en commerce intime avec lui, il nous communiquera davantage l’esprit de miséricorde et nous dirigera dans son exercice en nous faisant saisir les moyens d’être bons. Ainsi nous serons prudemment conduits dans la voie du salut, sûrs de recevoir un jour miséricorde.

Adressons-nous à l’Esprit-Saint toutes les fois que nous avons besoin d’être miséricordieux, pour voir juste pour notre intérêt, pour celui des autres; tendons notre voile pour nous mettre sous son action, et n’abordons ni ne poursuivons aucune œuvre de miséricorde, sans avoir recours constamment à son bon Conseil.

 

Extrait de Le Saint-Esprit dans la Vie Chrétienne du Père A. GARDEIL, O.P. cf. http://www.foi-et-contemplation.net/themes/Esprit-Saint/Saint-Esprit-Vie-Chretienne.php

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