• on 18 août 2014

La Béatitude des Cœurs Purs

 

« Bienheureux ceux qui ont le cœur pur,
parce qu’ils verront Dieu. »

(Matth., V, 8.)

La béatitude des cœurs purs est reliée par les maîtres dont nous suivons l’enseignement au don d’Intelligence. On ne voit pas tout de suite ce lien. Pour le saisir, il faut comprendre le sens spécial que revêt ici le mot : cœur pur.

I. – Notre cœur

On peut l’entendre de deux façons. D’abord un cœur pur, qui a la vertu de pureté, est celui qui est dégagé des affections violentes, des passions déréglées de l’amour et, par suite, se trouve préparé à mieux recevoir la vérité divine. « Le méchant n’a pas voulu comprendre, de peur d’être obligé de bien faire », dit l’Ecriture (Ps 35, 4.). Il est certain que les affections malsaines ont leur contrecoup sur l’intelligence. On juge selon les dispositions de son cœur, et l’homme charnel n’étant pas attaché aux choses divines, parce qu’il s’est fait un dieu de ses plaisirs, ne peut bien en juger. Ce premier sens est vrai. Mais ce n’est pas à proprement parler le don d’Intelligence qui remédie à ce défaut de pureté; d’après saint Thomas, c’est aux dons affectifs, opérant dans la partie appétitive, principalement au don de Crainte, que ce rôle revient.

Quelle est donc la pureté que saint Augustin et saint Thomas entendent ici ? Le mot cœur a deux significations. Tantôt il désigne l’affection, la propension aux choses aimables. Tantôt il désigne le fond de notre être : comme on dit le cœur d’un fruit, le cœur de la question. C’est dans ce sens qu’il faut le prendre dans notre texte : le fond de l’âme humaine, sa mentalité profonde, « mens », l’esprit, en particulier cette intelligence qui doit mener tout dans l’homme, jusqu’à sa volonté. C’est un paradoxe apparemment, mais en réalité l’intelligence est le cœur de l’homme, c’est-à-dire ce qu’il y a en lui de plus profond. C’est donc en elle qu’il faut chercher cette bienheureuse pureté du cœur, pureté qui fait d’ailleurs, par voie de conséquence, la pureté de la volonté et des affections.

L’intelligence humaine peut n’être pas pure; elle peut être encombrée, obstruée, soit par les images venues des sens, soit par l’erreur. D’après les Docteurs, ce que produit en nous l’action de l’Esprit d’Intelligence, c’est de nous délivrer des fantômes d’imagination que nous mêlons à l’objet de notre foi, dont nous entourons la personne de notre Dieu, et des erreurs qui pourraient nous détourner de la véritable doctrine, théoriquement et pratiquement.

II. – La lumière purificatrice

Ce travail de purification se voit en certaines circonstances de l’Évangile. Jésus apparaît à ses disciples, sur le lac de Génésareth (Matth., XIV, 22-23.); ils le prennent d’abord pour un fantôme. Jésus leur dit alors : « C’est moi. » Et Pierre, ému dans son cœur, dit ce mot timide : « Seigneur, si c’est vous, ordonnez que j’aille à vous en marchant sur les eaux. » Il n’est pas affirmatif, mais déjà sa première illusion est diminuée; il y a dans ce cri plus d’intelligence que dans la première exclamation : « C’est un fantôme. » Plus tard (Jean, XXI.), Jésus se montrera sur le bord du même lac, et aussitôt Jean dira : « C’est le Seigneur, » Voilà l’œuvre du don d’Intelligence. Nous en voyons ici la progression par degrés: C’est un fantôme… Si c’est vous… C’est bien l’image de l’action du Saint-Esprit. Par Lui, nous sommes débarrassés de nos idées vagues, mélangées, fausses, sur les choses divines; avec le cœur pur nous les voyons comme elles sont, autant qu’elles peuvent être vues.

Comme vice opposé à l’Intelligence, nous avons l’aveuglement de l’esprit. C’était l’état d’âme des Pharisiens : « Ils ont la tête dure », disait d’eux saint Etienne, des hommes à l’esprit bouché par l’orgueil, aveugles et chefs d’aveugles, parce qu’ils ne voient qu’eux, leur excellence, leur maîtrise sur le peuple. Notre-Seigneur répandait sa doctrine, opérait des miracles, et plus Il s’affirmait, moins ils voulaient voir. Aveuglement volontaire, aveuglement sans remède qui fait un dieu de notre moi. De tels cœurs peuvent-ils devenir purs ? Nous avons dans l’Ecriture des exemples de pareilles conversions. Dieu, dans sa miséricorde et sa toute-puissance, a changé complètement de tels états d’âme. C’est saint Paul, pharisien et fils de pharisien, ne respirant que persécution et qui tout d’un coup s’écriera : « Seigneur, que voulez-vous que je fasse ? » C’est un miracle, mais qui nous montre en tout son éclat. La puissance du don d’Intelligence et cette bienheureuse pureté de cœur qui succède à l’aveuglement.

A l’action brusque de la lumière opérant par miracle, s’oppose la conversion progressive de la bonne volonté qui cherche à s’instruire et à sortir de son aveuglement. Nous en trouvons aussi des exemples dans l’Évangile.

C’est la démarche si touchante de cet excellent pharisien, Nicodème (Jean, III, 1-22.). Il a été frappé de la doctrine du Maître, jusqu’à vouloir s’en instruire. Il n’est pas très courageux, il va trouver le Sauveur pendant la nuit. Son discours ressemble un peu, dès l’abord, aux paroles captieuses des Pharisiens : « Maître, nous savons que vous êtes un Docteur venu de Dieu, car personne ne pourrait faire les miracles que vous faites, si Dieu n’est avec lui. » Il cherche pourtant à sortir de l’aveuglement de sa race. Le Seigneur va l’éclairer, purifier son esprit des grossières pensées qui l’aveuglent : « Si tu ne nais de nouveau, tu ne pourras pas voir le royaume de Dieu. » Nicodème ne comprend pas cette parole, il n’y voit qu’un sens grossier : « Comment un homme qui est déjà vieux peut-il naître ? Peut-il rentrer dans le sein de sa mère et naître de nouveau ? » Notre-Seigneur commence à lui révéler le mystère : « Si quelqu’un ne renaît de l’eau et de l’esprit, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu. » Il explique comment on peut naître de l’Esprit : « L’Esprit souffle où il veut, on entend sa voix, mais on ne sait d’où il vient ni où il va. Voilà comment tu seras quand tu seras né de l’Esprit. » Nicodème comprend de moins en moins : « Comment cela peut-il se faire ? » Notre-Seigneur lui donne de nouvelles explications, et lu
i dit la grande parole : « Dieu a tellement aimé le monde qu’Il lui a donné son Fils unique, afin que tout homme qui croit en Lui ne périsse point, mais qu’il ait la vie éternelle. » L’Évangile ne dit pas quel fut le résultat de cet entretien, mais nous savons que Nicodème, avec Joseph d’Arimathie, n’a pas consenti à la mort du Sauveur et que l’Église, dans son martyrologe, le compte parmi ses saints…

Au chapitre suivant du même Évangile (Jean, IV.), nous avons un exemple semblable d’inintelligence, accompagnée d’une nuance de malice et de coquetterie, chez la Samaritaine. Le Seigneur est là, assis au bord du puits, et Il lui dit simplement : « Donne-moi à boire. » La Samaritaine lui répond : « Comment donc ! Toi qui es Juif, tu me demandes à boire, à moi qui suis Samaritaine ? » Jésus insiste : « Si tu savais le don de Dieu, et quel est celui qui te demande à boire, tu lui demanderais toi-même à boire, et il te donnerait de l’eau vive. »

Elle ne veut pas comprendre : « Seigneur, vous n’avez rien pour puiser, et le puits est profond; d’où auriez-vous donc cette eau vive ? » C’est l’aveuglement de l’esprit qui ne comprend pas et qui, dans une certaine mesure, ne veut pas comprendre, « Êtes-vous plus grand que notre père Jacob qui nous a donné ce puits ? » Jésus lui répond en affirmant sa mission publique, et lui révèle le mystère de la grâce : « Quiconque boit de cette eau aura encore soif; mais celui qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura plus jamais soif, et l’eau que je lui donnerai, deviendra en lui une source d’eau jaillissante jusqu’à l’éternité. » Elle, alors, raillant sans doute, lui répond : « Seigneur, donnez-moi de cette eau, afin que je n’aie plus soif et que je ne vienne plus ici puiser. » – « Eh bien ! va, lui dit Jésus, appelle ton mari et viens ici. » – « Je n’ai pas de mari. » – « Tu as bien répondu, reprend Jésus, tu as eu cinq maris, et celui que tu as en ce moment n’est pas ton mari; en cela tu as dit vrai. » – « Seigneur, reprit la femme, je vois que vous êtes un prophète. » Et tout de suite, elle pose la question : « Dites-moi, nos pères ont adoré sur cette montagne, et vous, vous dites que c’est à Jérusalem qu’il faut adorer, qu’en est-il ? » – « Femme, crois-moi, répond le Maître, l’heure vient où ce ne sera ni sur cette montagne, ni dans Jérusalem que vous adorerez le Père. Vous adorerez ce que vous ne connaissez pas; nous, nous adorons ce que nous connaissons, car le salut vient des Juifs. Mais l’heure vient, et elle est déjà venue, où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité. Ce sont de tels adorateurs que le Père demande. Dieu est esprit, et ceux qui l’adorent doivent l’adorer en esprit et en vérité. » La femme comprend : « Je sais que le Messie vient, et lorsqu’Il sera venu, Il nous instruira de toutes choses. » Elle n’attendait que le mot qui vient : « Je le suis, moi qui te parle. » Elle laisse son urne, et va chercher ses amis : « Venez, leur dit-elle, venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait. C’est le Messie. » Elle a l’intelligence enfin purifiée de son erreur, mais quelle admirable patience du Sauveur, pour amener ce cœur à la pleine lumière !

Or l’adorable histoire continue. Il ne faut pas croire que ces choses n’arrivent plus. Elles se renouvellent par la vie de la grâce dans les âmes chrétiennes qui cherchent à approfondir le divin mystère. Un incessant travail de purification s’accomplit dans l’Église; il s’y fait une continuelle montée vers la pure lumière.

Nos esprits sont pareils à des miroirs déformants. Notre intelligence est pourtant faite pour la vérité, mais elle porte en elle la blessure de l’ignorance; elle a une tendance à déformer les objets, surtout quand elle sort des domaines qui lui sont familiers, et s’introduit dans le monde spirituel, plus encore dans le monde surnaturel. Nous y transportons nos imaginations et notre tournure d’esprit, qui sont la résultante d’idées personnelles et de grossières passions. Des déformations s’ensuivent fatalement, et, si nous y mettons au surplus de la mauvaise volonté, ces déformations peuvent être considérables. L’histoire de la théologie les constate surtout chez les hérétiques.

III. – L’œuvre de purification nécessaire

Parmi les hérésies modernes, nous en remarquons deux qui portent sur la question même de notre vie surnaturelle : le Jansénisme et le Quiétisme. Ces erreurs nous permettent de préciser encore ce point de doctrine.

Les Jansénistes pouvaient avoir raison de réagir au début contre l’entraînement des mœurs, des désordres de la cour, des scandales des grands. Mais ils se sont fait de Dieu une idée terrible. Ils n’ont vu en Lui que le Juge, restreignant le plus possible le salut qu’Il était venu apporter aux hommes. Ces excès correspondaient à leur tempérament; mais cela aussi venait de ce que voulant réformer les mœurs, ils s’y étaient attachés comme à une tâche personnelle, y cherchant leur propre gloire. Ils ont ainsi causé en France des ravages qui ont duré jusqu’au milieu du siècle dernier, opprimant, effrayant les consciences et fermant le ciel. Il y eut erreur manifeste dans leur esprit, ils n’eurent pas l’intelligence des enseignements de l’Église. Cette hérésie heureusement est morte, mais il en reste pourtant un reflet dans certains esprits. Dans la vie religieuse même, quelques-uns sont portés à une sévérité opprimante, scrupuleuse. Cette rigueur excessive fait du mal : elle est contraire à la vérité, à la charité. D’autres s’érigent toujours en censeurs et en juges; des supérieurs eux-mêmes, avec d’excellentes intentions, nous montrent sans cesse un Dieu sévère, tandis qu’avant tout Il est le Dieu miséricordieux. Oh! si leur Dieu était vrai.

Le Quiétisme est à l’opposé. Ici, on se perd dans le pur amour, où il n’y a plus de péché. Aimant Dieu avec un amour absolument désintéressé, on renonce à toute espérance, même au ciel, ce serait impureté. On est abandonné, liquéfié : c’est le repos complet en Dieu garanti contre tout retour sur soi-même. Ces hérétiques ne voient en Dieu que la bonté, la douceur, la miséricorde. Ils n’ont pas appris ces choses dans la sainte Ecriture. Notre-Seigneur avait le cœur miséricordieux, certes, mais Il a dit aussi : « Veillez, vous ne savez pas l’heure où l
e Maître viendra (Matth., XXV, 13.), » Et Il nous montre les vierges folles mises à la porte du paradis.

Ces erreurs grossières peuvent nous influencer pratiquement, sans que notre intelligence y adhère en doctrine. Il y a parmi les chrétiens, et même parmi les religieux et religieuses, des esprits larges qui sont tentés de se reposer entièrement dans le Seigneur par une fausse quiétude. On peut rencontrer, chez les novices par exemple, cette affectuosité qui est comme la transplantation en la vie surnaturelle de sentiments qu’on ne peut plus éprouver vis-à-vis des créatures. Ils s’enfoncent dans un état d’amour sentimental et cherchent en Dieu sensiblement un ami de cœur; ils voudraient éprouver en cette divine amitié les contentements qu’ils auraient trouvés trop humainement dans le monde, et, transposant leurs besoins d’affection, ils se reposent mollement dans l’intimité de Jésus présent au Tabernacle; ils en oublient l’austère devoir d’état, ne s’inquiètent pas assez des exigences de la Règle, des obligations précises qu’impose l’amour véritable.

Voilà des erreurs graves, ce qu’on peut entendre par ces fantômes d’imagination, dont il faut purifier notre intelligence, car ils nous privent de cette connaissance profonde, aiguë, de l’enseignement divin qui est la seule vivante et vraie. Un tel aveuglement serait fâcheux pour la charité, puisque la foi vraie ne va pas sans la charité vraie. Il serait fâcheux pour les mœurs également, car il conduit les âmes à commettre des péchés qui n’existent pas, à vivre dans le trouble ou même dans le désespoir, ou bien, par un excès contraire, à faire des fautes qu’elles ne croient pas faire, à négliger leur vrai devoir.

Il y a d’autres exemples. Des protestants ont cherché à tout spiritualiser; voulant se dégager de toute idolâtrie, ils n’ont plus rien qui contente le cœur. Leurs temples, surtout les anciens, sont désespérants de froideur; leur Dieu est dur, leur Évangile est sec; rigidement ils inculquent à leurs enfants des principes moraux sans amour; ont-ils du cœur ? Ce ne sont pas là les adorateurs en esprit et en vérité que le Père désire.

Et chez nous, ne s’accomplit-il pas une certaine matérialisation religieuse? Que de chrétiens croupissent en des dévotions toutes matérielles ! Nous connaissons ces dévotes qui ne peuvent découvrir une confrérie, un scapulaire ou un cordon, entendre parler d’un pèlerinage, sans être impatientes de désir. C’est leur manière d’entendre la religion. Certes, la sainte Église bénit les médailles, approuve les confréries, elle sanctifie ces choses qui ne sont donc pas des fétiches, elle connaît le cœur humain qui a besoin de s’appuyer sur le concret et de matérialiser toutes choses. Notre-Seigneur n’a-t-il pas lui-même, dans ses paraboles, comme matérialisé sa doctrine, et dans ses sacrements, sa grâce ? L’Église approuve donc ces secours extérieurs de la piété, mais ils ne sont pas le fond de la religion. On doit les permettre aux personnes faibles, aux enfants, comme une aide pour les amener à un culte plus intime. Mais il faut voir les préférences de l’Église, la place qu’occupe pour elle la Trinité, avec les Gloria qui terminent chaque psaume, avec les vingt-cinq dimanches qui lui sont consacrés, la place qu’elle donne aux mystères de l’Incarnation et de la Rédemption; il s’agit de mystères, de l’intérieur des mystères; encore qu’elle consente à ériger des crèches, des calvaires ou des statues, afin de satisfaire aux besoins de notre nature humaine composée de corps et d’âme.

Si notre religion se plongeait tout entière dans le matérialisme des signes et des symboles, ce serait inintelligence. Il ne faut donc consentir à ces dévotions que dans la mesure où elles nous servent à trouver Dieu, mais ne faisons pas de la religion une question de dévotions. Ainsi, sur ce terrain encore, nous pouvons avoir des erreurs, des fantômes dans l’esprit, dont il faut nous purifier.

Il y en a d’autres, Saint Pierre ne comprenait pas le mystère de la Croix, et lorsque Notre-Seigneur parle de sa Passion, il cherche à l’en détourner. Le Sauveur est obligé de lui dire : « Va-t-en, Satan, tu ne comprends rien aux choses du Royaume de Dieu (Marc, VIII, 33.). » Saint Pierre a des imitateurs. Les paroles de l’Ecriture nous révèlent la voie douloureuse de la Croix. Il y a des âmes qui n’entendent pas ces paroles, elles veulent les remplacer par d’autres préceptes où la nature trouve son compte. On voit des âmes religieuses dont les idées ne sont pas en harmonie avec le mystère de la Passion. Cette erreur provient de notre répulsion pour la souffrance, elle est un fruit des pensées et des exemples du monde.

IV. – Le cœur pur

Pour être délivrée de son erreur, pour voir clair, l’âme doit être docile à l’esprit d’Intelligence qui la pousse à se retremper dans le sanctuaire de la charité vraie, à aimer Dieu par-dessus toutes choses, à revenir au don entier d’elle-même pour s’élever ainsi à l’intelligence des vérités de la foi. En sortant de ce sanctuaire de l’amour, de l’union à Dieu, elle n’ira pas seule, l’Esprit d’Amour la suivra et lui donnera une intelligence profonde, expérimentale des vérités de la foi, Il lui montrera combien le Seigneur est miséricordieux et aussi combien Il est juste. Il lui donnera l’attrait de la Croix, mettant en pleine lumière la parole : « Il faut se renoncer, porter sa croix. » Il lui fera voir un Sauveur qui n’est pas seulement humain, mais qui a la majesté de Dieu, car si nous disons : Cor jesu bonitatis infinitae, nous disons aussi : Cor jesu majestatis infinitae.

L’âme, guidée par une intelligence profonde, ira à son salut, non plus avec crainte, mais avec confiance et amour. Quand l’Esprit est là, la charité est éclairée, l’homme est parfait. Quand l’Esprit manque, l’âme est sujette aux erreurs. L’Esprit ne fait pas seulement connaître, Il guide dans la pratique, parce qu’on aime ce qu’on connaît, et comme on connaît. L’âme qui voit par l’Esprit qui aime, est délivrée.

La foi, la foi ferme et sans ombre, est un fruit de l’Intelligence. Et il n’y a rien de plus précieux que cette foi libérée, pour nous mettre à la hauteur de nos devoirs et des difficultés que nous rencontrons dans leur accomplissement. L’âme éclairée ainsi sur son devoir, consigné dans l’Ecriture, dans l’Évangile, comme dans la Règle, ne peut plus arrêter son élan.

Pour atteindre ce sommet, il faut passer par les épreuves de la nuit de l’esprit. Rien n’est dur comme de renoncer à une id&eacut
e;e chère, à une image aimée et familière, à une manière de voir à laquelle on a attaché sa personnalité et son orgueil. C’est un effet de l’Intelligence de nous détacher de nos idées personnelles pour pénétrer la parole de Dieu sous toutes ses formes, telle qu’elle est en réalité et non pas telle que nous nous l’imaginons ou que nous voudrions qu’elle soit. Quand cette purification se produit dans une âme, on lui arrache, semble-t-il, son intelligence naturelle, ses habitudes d’esprit, une profonde manière d’être, une part de sa personne, ce qui fait le fond le plus mystérieux du cœur : notre pensée. Quand le Saint-Esprit opère les purifications dans notre intelligence, Il nous fait sentir que ce qui était la lumière de nos yeux n’est plus; Il nous enlève même ce qui semblait nous élever vers notre Dieu : ces images, ces idées imparfaites qui faisaient corps avec notre foi, mais comme un alliage impur. C’est à cet état que l’on rattache les nuits de l’esprit. Notre esprit, humilié, plongé dans les ténèbres, doit renoncer à ses idées préférées, occasions d’erreurs, à la poursuite des images, pour adhérer à la pure et nue vérité. Le Saint-Esprit, pour nous donner son pur enseignement, nous détache donc de nos idées personnelles sur la doctrine, sur la dévotion, sur l’obéissance, idées qui viennent souvent d’un fond d’amour-propre, du tempérament, des passions. Il nous semble alors qu’on nous enlève la lumière de nos yeux. Mais ceux qui ont le courage de faire ce dépouillement ont le cœur pur, leur esprit est dégagé des imaginations fausses, des erreurs de l’amour-propre. Ils contemplent le vrai Dieu, ils s’élèvent aux sommets de la foi par une vue plus pénétrante, Ils adorent le Seigneur en esprit, dès maintenant, dans une expérience savoureuse, et dans ce goût de Dieu ils ont de Lui une intelligence plus pénétrante. C’est le prélude de la lumière de gloire et de la vision divine. Le don d’Intelligence n’est pas d’ailleurs absent de cette vision. Il donne à l’âme du bienheureux une pénétration plus profonde, plus intime des mystères de Dieu contemplés dans l’Essence divine. Le Saint-Esprit continuera dans le ciel à purifier cette intelligence béatifiée, non plus de l’erreur ou des images, mais de l’ignorance, « a nescientia ». Il contribue à la faire entrer plus avant dans l’Essence divine, dans ce Verbe qui sera la récompense et la gloire des élus.

 

Extrait de Le Saint-Esprit dans la Vie Chrétienne du Père A. GARDEIL, O.P. cf. http://www.foi-et-contemplation.net/themes/Esprit-Saint/Saint-Esprit-Vie-Chretienne.php

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